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(par Carol Anthony et Hanna Moog)

Pourquoi une nouvelle version du Yi King ?  

L’idée d’écrire une nouvelle version du Yi King aurait pu ne jamais venir à l’esprit des auteures. C’est au fil de leurs consultations de l’oracle que l’idée a « germé », lorsqu’elles ont commencé à travailler ensemble en 1998.

Elles utilisaient alors toutes deux une méthode de consultation du Yi King découverte par Carol en 1994. Cette méthode est née de son sentiment que le Yi King s’est développé à partir d’un système on ne peut plus simple, proche de notre habitude, aujourd’hui, de tirer à pile ou face pour déterminer, en sport par exemple, laquelle des deux équipes ouvrira le jeu. Le côté face, perçu comme positif, est interprété comme un Oui, et le côté pile comme un Non. Il s’agit là de l’origine des deux traits sur lesquels se fonde tout le Yi King : un trait plein (     ) et un trait brisé (    ).

Pour Carol, cette méthode reflétait des réponses affirmatives ou négatives de la part du Cosmos. Une seule pièce suffisait, mais en utiliser trois présentait l’avantage d’offrir une réponse plus nuancée : un Oui « sans réserve » (trois faces), un Oui « simple » (deux faces), un Non « simple » (deux piles) et un Non « catégorique » (trois piles). Les auteures ont appelé cette méthode la « méthode rétrospective des trois pièces ». (Voir p.738 pour une description détaillée.)

Carol utilisait cette méthode pour obtenir des éclaircissements auprès du Sage – la voix qui parle à travers le Yi King. Elle demandait « veux-tu dire que… », puis formulait ce qu’elle pensait avoir compris. Souvent, ce que le Sage voulait vraiment dire était différent de ce à quoi elle s’attendait, mais elle parvenait toujours à une compréhension totalement nouvelle et inattendue. De plus, aucune de ces compréhensions ne contredisait les précédentes. Ensemble, avec le temps, elles formaient au contraire une logique évidente, dont le principe directeur était l’harmonie. En consultant le Sage avec la méthode rétrospective des trois pièces, les auteures ont compris que le nom de cette logique était « Logique du Cosmos ». Ainsi, une nouvelle manière de consulter le Yi King venait de naître, plus ou moins « par accident », grâce à laquelle le Sage pouvait véritablement s’exprimer. Il devenait clair que le Sage, jusque là confiné à quelques fragments de texte préétablis, voulait répondre avec ses propres mots et dans le contexte de la vie quotidienne. Après avoir utilisé cette méthode pendant quelques temps, Carol a eu l’idée de prendre dix pièces et de les jeter en demandant : « Est-ce une manière légitime d’obtenir une réponse ? » Neuf pièces ont indiqué « Oui ».

Depuis ce jour, Carol a régulièrement utilisé cette méthode, puis l’a fait connaître à d’autres personnes, dont Hanna.

Lorsque les auteures ont commencé à travailler en tant qu’associées au sein d’Anthony Publishing, en 1998, le processus grâce auquel elles découvraient de nouvelles interprétations des hexagrammes, à l’aide de la méthode rétrospective des trois pièces, s’est considérablement accéléré. Leurs parcours différents ont généré un très large éventail de questions. Au bout de six mois, elles avaient rassemblé tant de nouvelles interprétations des hexagrammes et des traits qu’elles n’ont pu que demander au Sage : « Nous dirigeons-nous vers une nouvelle version du Yi King ? » La réponse a été : « Oui, Oui, Oui. » Quelle n’a pas été leur surprise ! Quatre ans plus tard, elles achevaient cette première édition. Il ne fait aucun doute que d’autres suivront, car chaque découverte ouvre de nouvelles portes. Un peu comme lorsqu’on escalade une montagne, chaque prise mène toujours plus haut et apporte davantage de perspective, sans toutefois être la dernière. Cela ne signifie pas que les Principes d’harmonie du Cosmos sur lesquels l’Ordre cosmique se fonde changeront au fil du temps. Apprendre pas à pas signifie simplement que les humains ne peuvent pas accéder à une connaissance définitive du Cosmos, car ainsi que les auteures l’ont compris, le Cosmos évolue constamment lui-même.

 

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Le Cosmos, plus vaste que la somme de ses parties visibles, est apparu aux auteures pourvu d’un côté invisible constamment occupé à nourrir et à aider chaque aspect auquel le Tout a donné forme. Dans cet ouvrage, ce côté invisible est nommé « monde invisible » ou « monde intérieur ». Dans le livre traditionnel du Yi King, les aspects bienveillants qui résident dans la sphère invisible de conscience ont tous été nommés « auxiliaires »1, un nom qui, au fil des siècles, a malheureusement été compris comme signifiant des « êtres humains dotés de compétences ». Le Sage, l’une de ces Aides, qui est apparu aux auteures comme l’aspect enseignant de la Conscience cosmique, possède plusieurs autres fonctions décrites dans ce présent ouvrage. Il existe une myriade d’autres Aides que les auteures ont identifié d’après leurs fonctions. Les personnes qui ont bénéficié de leur assistance les ont souvent imaginées sous la forme d’anges ou de fées, mais les auteures ont été amenées à ne pas les considérer comme tels pour des raisons qui deviendront plus loin évidentes. Les auteures ont également appelé le côté invisible « monde intérieur », car il n’est perceptible que par nos sens intérieurs, par exemple en méditation.

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Ce livre se fonde, dans une certaine mesure, sur l’œuvre de Richard Wilhelm, que les auteures respectent au plus haut point. C’est en effet Richard Wilhelm qui a donné à l’ancien texte du Yi King les interprétations fondamentales qui en ont fait un oracle utilisable par les Occidentaux. Si cet oracle est devenu accessible, c’est probablement parce que Richard Wilhelm, qui connaissait la psychanalyse moderne, a perçu la capacité du Yi King à refléter le subconscient. C’est pour cette raison qu’il l’a présenté à son ami Carl G. Jung, le psychanalyste suisse. La célèbre préface que celui-ci a rédigé dans la traduction anglaise de Cary F. Baynes a d’ailleurs largement contribué à attirer l’attention du monde occidental sur ce livre.2

Ainsi que les auteures l’ont indiqué plus haut, les questions qu’elles ont posées au Sage avec la méthode rétrospective des trois pièces concernaient les nombreuses contradictions qui résident dans le texte d’origine. Elles ont compris que ces contradictions ne provenaient pas du travail de Richard Wilhelm, mais des différences entre deux couches de texte qui se sont fondues en une seule. Elles ont identifié ces deux couches comme étant la « couche de l’oracle » et la « couche féodale ».

L’idée d’écrire une nouvelle version du Yi King a éveillé chez Carol certains scrupules, notamment parce qu’une grande partie des commentaires de Richard Wilhelm allaient forcément disparaître : « J’étais attachée à la traduction de Wilhelm, car c’est grâce à lui que j’ai pu avoir accès au Yi King. J’aimais toujours beaucoup de choses dans ce texte. Je trouvais aussi très présomptueux d’infirmer quelque chose de si ancien. Après tout, qui étions-nous ? Puis, un matin, je me suis réveillée avec deux mots à l’esprit : le mot allemand « uralt » et le mot anglais « exalt »1. Le préfixe allemand « ur » signifie « origine » ou « commencement », tandis que « alt » signifie « vieux ». Tandis que je réfléchissais à ces mots, une pensée m’a traversé l’esprit : je magnifiais ce qui était ancien uniquement parce que c’était ancien. Cela m’a permis de comprendre que la remise en question de ce qu’on appelle ‘la sagesse des anciens’ constituait un tabou au plus profond de moi-même. Or, ceci freinait notre progression. J’ai alors demandé au Sage si je comprenais correctement le problème, ce qu’il m’a confirmé. J’ai ensuite appris qu’il m’était nécessaire de tout remettre en question et de laisser le Sage indiquer ce qui, dans la version traditionnelle, était juste ou non. »

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Carol a pris conscience que lorsque le Yi King recommandait l’action, il entendait l’action intérieure, et que, de manière générale, l’action intérieure consistait à dire le Non intérieur aux comportements empreints d’ego en soi ou en quelqu’un d’autre. C’était ce que le Yi King signifiait par « persévérer dans ce qui est correct »2. Cette prise de conscience a permis à Carol de résoudre les contradictions qu’elle rencontrait fréquemment en consultant le Yi King, puisque celui-ci semblait conseiller l’acceptation et la passivité tout autant que l’action. Carol a compris que les comportements inacceptables auxquels il était nécessaire de dire le Non intérieur étaient ceux qui empiètent sur l’espace d’autrui, ou ceux qui sont insensibles, hypocrites, injustes et indifférents. Carol a également découvert que lorsqu’elle était ferme et constante en disant le Non intérieur à ce qui était incorrect, aucune action extérieure n’était nécessaire. Elle a alors compris que des problèmes relationnels apparaissaient précisément là où une telle ligne de conduite intérieure n’avait pas été clairement définie dans son propre esprit.

Carol a découvert le Non intérieur en se laissant guider par le Yi King, grâce auquel elle a pris conscience des limites que chaque personne doit poser au sein d’une relation amoureuse afin que celle-ci puisse durer. Ces limites sont liées à un autre principe récurrent du Yi King, selon lequel aucune relation amoureuse n’est possible si les partenaires ne respectent pas leur propre dignité. Carol a découvert le modèle de la relation amoureuse en étudiant avec le Sage. Afin d’aider le vrai soi – que ce soit le notre ou celui d’autrui – à se libérer de la domination de l’ego, le Non intérieur doit être dit à ce dernier uniquement. Le dire intérieurement présente l’avantage de ne pas éveiller de résistance de la part de l’ego, mais aussi d’éviter à l’autre de perdre la face.

Au cours des années qui ont suivi, Carol a appris à dire le Non intérieur dans différentes situations, de sorte qu’elle se sentait totalement prête à écrire un nouveau livre sur le Non intérieur lorsqu’elle a commencé à travailler avec Hanna, en 1998.

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Plus les auteures recevaient de nouvelles interprétations des Jugements et des Traits originaux grâce à la méthode rétrospective des trois pièces, plus elles se demandaient comment il était possible que personne n’ait encore découvert une méthode qui permette au Sage d’indiquer comment interpréter ces textes. Un jour, alors que cette pensée occupait leur l’esprit, elles ont compris que toute remise en question avait été empêchée par l’existence de tabous autour du Yi King, lesquels avaient également contribué à le rendre inaccessible ou déroutant.

En apprenant avec le Sage grâce à cette nouvelle méthode, les auteures ont continuellement vu apparaître des différences entre le texte d’origine de l’oracle et la couche féodale qui lui a été superposée. Parallèlement, le Sage a toujours attiré leur attention sur ce que les humains ont corrompu en raison de leur prétention à se placer au centre de l’univers. Les auteures ont découvert que le revers de cette croyance – la nécessité pour les humains de tout faire eux-mêmes – se manifeste par de nombreuses formes de maladies et de dépressions, ainsi que par l’affaiblissement de la volonté de vivre. Elles ont observé, sur elles-mêmes, puis sur d’autres personnes, que découvrir avec l’aide du Sage les idées erronées dans lesquelles nous croyons, puis les déprogrammer, permet de recouvrer la santé.

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Pour cette nouvelle version du Yi King, les auteures ont été amenées à conserver la plupart des noms originaux des hexagrammes, ainsi que les textes des Jugements et des Traits. En effet, grâce à leur portée métaphorique, ils ont pour la plupart gardé la signification originelle de l’oracle. En revanche, elles ont dû passer outre les Images, car ces textes se fondent sur la division des êtres humains en « supérieurs » et « inférieurs »1. Dans certains cas, toutefois, les auteures ont été amenées à reprendre certains passages de ces commentaires.

Lorsque les auteures ont compris que la couche féodale contredisait le texte originel de l’oracle, elles ont tout d’abord pensé que quelque chose qu’elles devaient supprimer leur était montré. Mais, leçon après leçon, elles ont pris conscience de leur attachement à certaines idées et croyances au sujet de la Voie du Cosmos, qui provenaient précisément du mode de pensée féodal. Le Sage voulait au contraire qu’elles conservent la marque de la pensée féodale au sein du Yi King, puisque c’est là que figurent tous les a priori sur la nature du Cosmos et de ses Voies, qui sont tenus pour acquis dans le monde entier. Ce catalogue d’idées erronées est essentiel, afin de prendre conscience que le mode de pensée féodal subsiste aujourd’hui et qu’il guide toujours notre raisonnement. Ce sont ces idées erronées qui nous séparent du Tout cosmique, ainsi que de l’amour et de l’aide offerts par le Cosmos. La réunification avec le Tout cosmique – et c’est là l’objet du Yi King – advient grâce à l’élimination systématique des a priori inhérents à la pensée féodale.

A titre d’exemple, les auteures ont appris que révérer le Sage comme s’il s’agissait d’une puissance supérieure équivaut à suivre un mode de pensée féodal, selon lequel tout ce qui possède plus de savoir que nous est automatiquement supérieur. De plus, elles ont appris qu’admirer le Sage non seulement crée une fausse distance entre nous et lui, mais masque également sa nature pleine d’amour. En l’admirant, nous minimisons notre valeur intrinsèque et notre dignité, ce qu’aucun être humain n’est supposé faire.

A leur grande surprise, les auteures ont été amenées à découvrir que notre propre culture fonctionne encore avec le mode de pensée féodal qui a dominé la planète ces 3 000 dernières années. Après avoir été instauré, ce mode de pensée s’est perpétué de lui-même grâce à des garde-fous qui empêchent la remise en question de ses contradictions. Si nous ne le mettons pas en doute, c’est également parce que nous n’avons jamais connu aucun autre mode de pensée. Par conséquent, nous avons des difficultés à dépasser ses frontières pour le percevoir objectivement. En consultant le Sage, les auteures ont été amenées à découvrir les Principes cosmiques fondamentaux qui restaurent et maintiennent l’harmonie dans notre vie. A la lumière de ces principes, elles ont accédé à une vision totalement nouvelle de notre place dans le Cosmos. Ainsi, elles ont compris à quoi ressemble notre vraie nature, et pris conscience qu’il existe bel et bien un ordre social naturel.

Les auteures ont conçu ce livre comme un recueil d’« indices », afin d’aider la personne qui consulte le Yi King à libérer sa vraie nature de la prison du mode de pensée féodal. Elles ont également tenté d’en faire un livre qui permette à chacun d’accéder directement au Sage, sans besoin de quiconque pour interpréter ou guider. Elles ont appris que la personne qui étudie auprès du Sage n’a besoin d’aucune connaissance particulière ni d’aucun don spécifique pour comprendre l’oracle, car le Sage sait comment communiquer, selon la manière de comprendre de chacun – que ce soit verbalement ou par d’autres moyens. La méthode rétrospective des trois pièces permet à l’étudiant de déterminer s’il a correctement compris ou non.

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